6 Août 1945… Shuntaro HIDA est un jeune médecin engagé dans l’armée de terre. Affecté à Hiroshima, il échappe aux effets directs de la bombe atomique grâce à un concours de circonstance. Seul avec deux autres médecins, il donna tant bien que mal les premiers soins aux blessés du village d’Hesaka, situé à trois kilomètres du nord d’Hiroshima, où de nombreux survivants vinrent se faire soigner les jours suivants.
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- Pourquoi ? -
Le pays entier sent arriver la défaite, plus personne n’est leurré par les communiqués de victoires diffusés chaque matin par le gouvernement. Alors que la plupart des Japonais sont déjà persuadés de la supériorité des Américains, une première bombe atomique – affectueusement appelée “Little Boy” – est lâchée sur Hiroshima, le matin du 6 août 1945… Le camps adverse n’avait donc aucunement besoin de cela pour décider du sort de cette guerre…et encore moins d’en envoyer une seconde sur Nagasaki le 09 août suivant. Une question revient donc à l’esprit de tous : “Pourquoi ?”
Pourquoi Hiroshima ? Alors que de grandes villes avaient déjà été détruites à coup de bombardements, Hiroshima n’avait jamais été attaquée auparavant alors que les habitants s’étaient habitués à voir des B-29 survoler les environs… En cherchant plus tard dans des archives américaines, le docteur découvrit que cette ville avait été épargnée jusque là, puisque “réservée en vue de l’ultime attaque au nucléaire”…
“Pourquoi devons-nous subir tout ça ?” Pourquoi avoir eu la malchance d’être là ? Ou pourquoi, contrairement à nombres de nos proches, avoir pu échapper à l’explosion comme le Dr. HIDA ? Il venait de rentrer à l’hôpital d’Hiroshima, une demande d’intervention urgente sur Hesaka l’a tiré de son sommeil en pleine nuit, et lui a donc sauvé la vie…
Cette “chance” lui laissa un sinistre regret : il aurait pu aussi sauver la vie des hommes qu’il dirigeait la veille du bombardement, s’il avait osé demander une nuit de repos bien méritée à Hesaka, au lieu de rentrer immédiatement.
On apprend grâce au témoignage du docteur, que les effets de cette bombe sur des êtres humains n’avaient jamais été testés auparavant. “Aucune expérience relative au danger de la radioactivité pour l’homme, pourtant prévue (…) n’avait été effectuée.” précise le Dr. HIDA.
Hiroshima, et Nagasaki par la suite, ont donc servis de sujets d’expérimentations, chose que le narrateur ne se priva pas de faire remarquer dans cet ouvrage : “En fait, ces hommes et ces femmes qui moururent (…) confirmèrent les lois qui régissent la physique nucléaire, comme l’auraient fait de simples cobayes irradiés expérimentalement.”
- Un regard clinique -
Le narrateur étant un médecin, les scènes sont décrites sans censure, simples et détaillées. Le regard par lequel nous pouvons assister aux opérations et aux soins est presque distant à certains passages, puisque habitué à voir la chair, le sang, la souffrance… Seuls les commentaires personnels de l’homme nous sont donnés à partir d’un certain moment du récit, au lendemain du 06 août, lorsque “l’émotion [eut] la force de renaître pour la première fois” depuis le bombardement.
Ce médecin possède un fort sens du devoir, ce qui sans doute, aida autant ses patients que lui-même lors de cette épreuve : “il était impossible de se laisser aller aux larmes; en ces heures, notre devoir consistait à retrouver ceux qui respiraient encore, même s’il devaient mourir sous nos yeux, malgré nos efforts.” Aussi loin que son regard lui permettait de constater les dégâts, des cadavres gisaient les uns sur les autres, créant un nouveau paysage. Il ne se prive pas de nous les décrire, nous donnant une vision concrète des effets de cette bombe.
Ce style soucieux de détails contribue sans doute en grande partie à donner tout son impact sur le lecteur. Les choses sont dites de manière crue, le but n’étant certes pas de ménager les âmes sensibles.
- Un court récit -
Le récit débute la veille du bombardement, sept brefs chapitres constituent les journées des 6 et 7 août, puis une partie plus longue nommée “le début de la tragédie” est consacrée à l’évocation de trois exemples de personnes mortes par radiations directes ou indirectes, toutes étant des connaissances du Dr. HIDA. Le livre se termine sur l’impuissance du narrateur à savoir ce qu’ont pû devenir tous ces gens qu’il a vu, connu, soignés…
Toutefois il est précisé en présentation de l’œuvre, que le docteur fut lui aussi irradié, et qu’il ne doit sa survie qu’à une transfusion sanguine totale, chose exceptionnelle surtout si on considère les conditions de l’époque. Le lecteur reste un peu sur sa faim, si vous me permettez l’expression, car on aurait aimé pouvoir suivre le parcours de cet homme, et vivre également la suite de son combat qu’il poursuit d’ailleurs, toujours…
Contrairement à une certaine production hollywoodienne – parue il n’y a pas si longtemps sur la seconde guerre mondiale – ce récit n’a pas besoin d’user d’images et d’une trame amoureuse pour heurter nos sentiments, et nous faire voir tout ce que les dégâts d’une guerre peuvent apporter d’effroi et de peine.
Un court roman non-fictif que je conseille à tous… mais à mettre en mains averties uniquement ! La réalité est toujours plus dure et choquante qu’une fiction, même sans image ni violon.
Publié pour la première fois le : 30 Septembre 2002